Mon Journal de Lecture #5

Un Souffle de Vie

de Clarice Lispector

Je participe aujourd’hui à ma première Masse Critique et je tiens à remercier Babelio et les Édition des Femmes – Antoinette Fouque pour l’immense honneur qu’ils me font en me permettant de faire la critique de l’œuvre posthume de Clarice Lispector : « Un souffle de Vie ».

Je n’ai encore jamais croisé la Plume de cet auteur, mais j’en avais déjà envie depuis un moment. C’est désormais chose faite.

Le premier point que je tiens à partager ici, c’est la qualité et la beauté du livre. Un pur Bonheur que de l’avoir en mains.

4ème de Couverture

Année de Publication : 1978

Bio Express :

Clarice Lispector est une femme de lettre brésilienne. Elle est née le 10 décembre 1920 de parents juifs à Tchéchelnik, un petit village d’Ukraine et morte le 9 décembre 1977 à Rio de Janeiro. Épouse de diplomate, mystique, elle est reconnue internationalement pour ses romans novateurs, mais elle est aussi une grande nouvelliste et une journaliste de renom, ayant assuré une chronique nationale de façon régulière.

Bien que le mot écrivain ait un féminin en portugais, Clarice Lispector refusa toujours son utilisation, assurant « appartenir aux deux sexes ». Elle est décrite par Benjamin Moser, comme: l’écrivain juif la plus importante depuis Kafka.

Extrait :

ANGELA. […] Avoir un contact avec la vie animale est indispensable à ma santé psychique. Mon chien me revigore toute. Sans parler qu’il dort parfois à mes pieds en emplissant la chambre de sa chaude vie humide. Mon chien m’apprend à vivre. Il est seulement « étant ». « Etre » est son activité. Et être est ma plus profonde intimité. Quand il s’endort sur mes genoux, je veille sur lui et sa respiration bien rythmée. Et — lui immobile sur mes genoux — nous formons un seul tout organique, une vivante statue muette. C’est quand je suis lune et suis les vents de la nuit. Parfois, à force de vie mutuelle, nous nous gênons. Mon chien est aussi chien qu’un homme et aussi homme. J’aime la chiennerie et l’humanité chaude des deux.

Le chien est un animal mystérieux parce qu’il pense presque, sans dire qu’il sent tout sauf la notion du futur. Le cheval, à moins qu’il soit ailé, à son mystère résolu en noblesse et le tigre est d’un degré plus mystérieux que le chien parce que son comportement est encore plus primitif.

Le chien — cet être incompris qui fait son possible pour expliquer aux hommes ce qu’il est…

L’AUTEUR. Le chien d’Angela semble avoir une personne en lui. Il est une personne enfermée par une condition cruelle. Le chien a une telle faim de gens et d’être un homme. C’est crucifiant ce manque de conversation d’un chien.

Si j’avais pu décrire la vie intérieure d’un chien, j’aurais atteint un sommet. Angela aussi veut entrer dans l’être-vivant de son Ulysse. C’est moi qui lui ai transmis cet amour pour les animaux.

ANGELA. […] Moi et mon chien Ulysse nous sommes des corniauds. Ah, cette bonne pluie qui tombe. C’est une manne du ciel et seul Ulysse le sait aussi. Comme c’est joli de voir Ulysse boire une bière glacée. Un de ces jours cela va arriver : mon chien va ouvrir la bouche et parler. Ce sera magnifique. Ulysse est Malte, il est Amapà — il vit au bout du monde. Comment peut-il aller jusque là ? Il aboie carré — je ne sais pas si on peut comprendre ce que je veux dire. Lors de la coupe du monde, les pétards l’ont complètement affolé. Et ma tête est devenue toute carrée. J’essaie de comprendre mon chien. Il est l’unique innocent.

Je sais parler une langue que seul mon chien, mon cher Ulysse, mon bon maître, comprend. Par exemple : da coléba, toutiban, ziticoba, létouban, Atotoquina, zéfiram, Jétobabé ? Jétoban. Cela veut dire une chose que pas même l’empereur de Chine ne comprendrait.

Une fois il a eu une réaction inattendue. Bien fait pour moi. J’ai voulu le caresser, il a grondé. Et j’ai commis l’erreur d’insister. Il a fait un bond qui venait de ses profondeurs sauvages de loup et m’a mordu la bouche. J’ai eu peur et j’ai dû aller au dispensaire où l’on m’a posé seize points de suture. On m’a conseillé de donner Ulysse à quelqu’un puisqu’il était devenu un danger pour moi. Mais il se trouve que, depuis cet accident, je me sens encore plus unie à lui. Peut-être parce que j’ai souffert à cause de lui. La souffrance à cause d’un être approfondit le cœur dans le cœur.

L’AUTEUR. Angela et moi sommes mon dialogue intérieur — je converse avec moi-même. Je suis fatigué de penser les mêmes choses

Quelques citations :

Angela est-elle mon simulacre ? Ou suis-je le simulacre d’Angela ? Angela est-elle mon équivoque ? Angela est-elle ma variation ?

.

Vivre est un acte que je n’ai pas prémédité. J’ai surgi des ténèbres. Je ne suis valide que pour moi-même. Je dois vivre peu à peu, il n’est pas possible de tout vivre d’une seule fois.

.

C’est par coïncidence que moi je suis moi.

.

Il y a des années et des années que je me suis perdu de vue et c’est pourquoi j’hésite à chercher à me rencontrer.

.

L’art d’abandonner n’est enseigné à personne

.

Dans l’éternité le temps n’existe pas.

Ma note (/5) : 🦋🦋🦋🦋🦋

L’écriture de Clarice Lispector est agréable, facile à lire, riche et imagée, et pourtant, parfois totalement incompréhensible.

Le fil rouge de ce livre est la difficulté d’écrire, d’y mettre tout de soi, d’être en instropection permanente.

Elle a choisi d’être UN auteur, et gère sa narration au masculin singulier, le féminin c’est Angela, le personnage crée pour échanger, rompre la solitude et entâmer un long dialogue, qui va de Soi à Soi …

Angela a trente-quatre ans et est née à Rio de Janeiro et vit avec son chien, Ulysse.

« Un Souffle de Vie » est un long dialogue entre doute et incertitude, en rêve et réalité, une tentative de réponse à un ultime …

« Qui suis-je? Qui sommes Nous ? »,

« D’où vient LE souffle de Vie ? De qui ?

« Et après ? »

Mais le mystère, me semble-t-il, demeure.

J’ai trouvé, dans « Un souffle de Vie », une sorte de guide …

#claricelispector#ellesemerveille#ideelle#babelio#massecritique#unsouffledevie#leseditionsdesfemmes

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